Dernière mise à jour :

mardi 16 mai 2017

Antonio Gades
Accueil | Espace adhérents | Mémoires du flamenco | Antonio Gades
Antonio Gades : créateur du Ballet Flamenco

« Un extrait de feu et de venin, c’est ça le flamenco »
Antonio Gades

"Mon tout premier contact avec la danse flamenca s’est réalisé en voyant le film de Carlos Saura Bodas de Sangre qui retrace une répétition de ce ballet d’Antonio Gades. Alors jeune étudiante, je me trouvais au Festival de Cannes. Sous un soleil radieux, à 11h d’un beau matin de 1980, j’entrais dans l’obscurité de la salle pour la projection de ce film. Le choc fut immense.
Qui pouvait penser que 8 ou 9 ans plus tard, j’allais me retrouver avec lui sur les planches du théâtre du Châtelet ?

Le flamenco sur scène, création du ballet flamenco et d’un répertoire

C’est tâche rare et difficile de mettre le flamenco sur scène.
C’est ce qu’a su faire Antonio Gades : réunir à la fois grâce, sobriété, dignité, élégance, intelligence… Pas une once de vulgarité dans sa danse, fini le tape à l’œil, les guiches, les trucs pour séduire le public. Gades explique :
« Avec la danse flamenca et le flamenco il y a eu tant d’excès que j’ai cherché à ce que rien ne soit gratuit ou superflu ».
Il épure, retrouve des danses oubliées et les écrit. Car il devient bien créateur du Ballet Flamenco, mais aussi auteur.

Il lègue pour la première fois un répertoire à la danse flamenca. Ses œuvres sont jouées dans le monde entier avec un immense succès. Elles ont été très certainement la plus grande contribution à la diffusion de l’art flamenco.
Quand en 1974, un an avant la mort du dictateur Franco, il monte avec sa compagnie Bodas de Sangre, on parlait encore de certains sujets à voix basse. Gades met alors en scène du Lorca (poète engagé avec les rouges « los rojos » et tué à la guerre civile), qui raconte des histoires d’amours tragiques de paysans. Il introduit ainsi la classe sociale populaire dans le Ballet Flamenco. Tout cela associé à la merveilleuse musique de Emilio de Diego ; le résultat en fut stupéfiant d’innovation.

Navigateur du mouvement

Antonio Gades adorait la mer, il menait sa troupe comme il navigait : avec maîtrise sur tout. Dans le travail, il était d’une rigueur et d’une exigence extrême. Pendant les séances d’échauffement, il nous faisait pratiquer des exercices très virtuoses, alors que sur scène, les danses étaient simples. Toute cette technique, dans l’ombre, permettait de se consacrer entièrement à l’essentiel : une expression libre et naturelle qui mène à l’œuvre d’art.
« J’ai la réputation d’avoir mauvais caractère, quand je travaille je suis très dur, mais je suis très dur aussi avec moi-même. C’est ma façon de travailler comme tu le sais. Oui, c’est vrai que je me mets hors de moi, mais quand j’exige, j’exige parce que je sais qu’on peut me le donner. Sinon, qu’ils laissent la place aux autres. »
C’est d’ailleurs sans doute grâce à cette exigence que Gades excelle dans la maîtrise des mouvements de groupes qui demandent écoute et discipline. Et pourtant jamais sa façon de diriger autoritaire n’apparaît comme blâme personnel mais bien comme exigence de travail.
« C’est une erreur de donner plus d’importance à la technique qu’au sentiment. Mais l’origine de la danseconsiste beaucoup plus dans la necessité de l’homme à exprimer ce qu’il sent dans le mouvement. Peut-être une des raisons pour laquelle notre ensemble a autant de succès auprès du public, c’est justement parce qu’il est humanisé. Tout le monde a le droit de danser. »

Discipline et liberté

Voilà bien ce qui caractérise Antonio Gades qui combine l’art le plus gitan au plus académique. L’école naturelle avec son côté viscéral côtoie l’école la plus classique. C’est ainsi que les artistes gitans tels que Jose Mercé, la Macanita, Aurora Vargas, la Bronce et bien d’autres se sont fondus à la compagnie dans le profond respect de sa discipline.
Il construit d’un pas mesuré ses œuvres partant du cœur de l’être et non de son apparence : « la culture d’un peuple ne s’apprend pas ; elle se partage, s’expérimente, on se cogne contre elle. »"

Cécile Apsâra

cf : Jose Manuel Gamboa « Una historia del flamenco » p.62
Voir le site de la Fondation Antonio Gades